Je m'attendais à voir Besancenot encensé pour avoir fait venir sur sa liste une militante voilée. Et si j'ai eu la grande surprise de le voir pratiquement unanimement désavoué, c'est sûrement que j'avais sous-estimé le poids des lobbys féministes.
Sur le fond, tout le monde a compris qu'il s'agit d'une ficelle électoraliste grossière; la posture "pour" ou "contre" le voile permet de faire parler de soi à peu de frais. Nonobstant cela, je ne m'associe pas au flot de critiques qui visent Besancenot. Quand on sait que les partis politiques présentent régulièrement, en vrac, des politiciens participant activement à la Gay Pride, des identitaires noirs ou blancs, des régionalistes, ou encore un militaire israélien (Arno Klarsfeld), je ne trouve pas le procès au communautarisme fait au NPA équitable. S'il vient de laïcistes républicains impeccables, comme Mélenchon, c'est valable. Mais j'avoue pour ma part être plus gêné par le trotskisme de cette candidate que par son voile.
Sur le voile, une légère mise au point s'impose. Je ne suis pas un grand avocat du voile. D'abord, cacher des beaux cheveux est un gâchis (avis partagé par le ministre de la culture égyptien, Farouk Hosni); cacher les formes, je veux bien, cacher les cheveux, est inutile. Ensuite, ce n'est pas une condition obligatoire pour la religion -et toutes les musulmanes que je connais sont très pieuses sans s'encombrer de voile pour autant. Enfin, c'est un signe ostentatoire de religion, et l'on sait à quel point je suis réservé dessus.
Mais enfin, si une fille éprouve le besoin de cacher ses cheveux, pourquoi l'en empêcher? Nos grand-mères avaient leurs châles, bien souvent. Tout au plus pourrait-on souhaiter que ce soit fait par un foulard au design plus "français", mais c'est du détail.
Mais tout le monde n'est pas habilité à tenir ces propos. Je ne suis pas hostile au fait de cacher les cheveux, parce que je suis conservateur, respectueux des valeurs religieuses, et pas féministe. Mais QUI a enlevé les châles de nos grand-mères, qui a guerroyé pendant des années contre la religion? Qui, si ce ne sont les trotskystes? Et c'est là que le bât blesse.
C'est qu'Olivier Besancenot a réalisé un attelage très étrange, où ses convictions trotskystes se mélangent à la piété traditionalistes. Exit la religion "opium du peuple" de Marx (Besancenot l'a-t-il seulement lu?) Exit le "ni Dieu ni Maitre!"
Inversement, cette militante voilée semble avoir les idées un peu embrouillées. Elle qui semble tenir à sa religion au point de se voiler en public, croit-elle que les trotskystes ont la moindre amitié pour le fait religieux? Que ses militants athées, pro-avortement, pro-gays, favorable à la légalisation des drogues, féministes enragés, vont accepter l'obéissance d'une femme aux règles religieuses?
Marie-Georges Buffet et Martine Aubry l'ont bien compris, elles qui, féministes de longue date, voient avec horreur une femme pieuse et traditionaliste infiltrer les révolutionnaires. Jean-Marie Le Pen, lui aussi, est cohérent: il a défendu hier le voile catholique, il défend aujourd'hui le voile islamique, au nom du respect des valeurs religieuses, et d'une certaine hostilité à la laïcité.
Mais Olivier Besancenot, lui, que défend-il? Une femme qui cache ses cheveux est-elle une intégriste religieuse hostile au progrès, comme on entendait en mai 68? Ou est-elle une candidate potentielle? Les coups médiatiques peuvent avoir leur intérêt, s'ils restent recouverts d'un vernis de crédibilité en façade. Besancenot a voulu mélanger le traditionalisme religieux paternaliste, avec le communisme révolutionnaire sans dieu ni maître. La ficelle était trop grosse. Ce qui explique qu'il soit désormais démoli par son propre camp, en renfort de la droite. Le seul à se marrer dans l'affaire étant Le Pen. Et objectivement, on peut le comprendre.







